1 Dimanche 4 du Temps Ordinaire

1
Dimanche
4
du
Temps
Ordinaire
Année
A
À
l’écoute
de
la
Parole
Nous
écoutons
ce
dimanche
le
début
du
«
discours
inaugural
»
de
Jésus,
la
proclamation
des
Béatitudes
:
un
véritable
programme
de
sainteté,
offert
au
Peuple
saint
comme
autrefois
Moïse
avait
transmis
la
Loi
sur
le
Sinaï.
Le
Christ
reprend
ainsi
une
profonde
intuition
spirituelle
d’Israël,
cette
humble
espérance
du
«
petit
reste
»
que
constituaient
les
pauvres
du
peuple,
comme
Sophonie
l’avait
formulée
(première
lecture).
Voir
l’explication
détaillée
Méditation
:
L’Église
des
Béatitudes
En
proclamant
les
Béatitudes,
Jésus
serait-­‐il
un
doux
rêveur
qui
nous
invite
à
nous
évader
de
la
réalité
?
Bien
au
contraire
:
il
décrit
une
sainteté
tout
à
fait
incarnée,
en
lui-­‐même
et
dans
les
nombreux
saints
de
son
Église.
Nous
les
voyons
réalisées
en
Marie,
sa
Mère,
et
en
cours
de
réalisation
dans
la
vie
de
l’Église.
Voir
la
méditation
complète
Bonne
lecture,
bonne
prière
!
P.
Nicolas
Bossu,
LC
2
Pour
aller
plus
loin
À
l’occasion
du
Carême
2007,
le
père
Raniero
Cantalamessa
a
prêché
devant
le
pape
Benoît
XVI
sur
les
Béatitudes.
La
traduction
des
quatre
méditations
en
est
disponible
sur
Zenit,
par
exemple
celle-­‐ci
qui
commente
«
Heureux
les
miséricordieux
»
:
https://fr.zenit.org/articles/quatrieme-­‐predication-­‐de-­‐careme-­‐du-­‐p-­‐
cantalamessa-­‐heureux-­‐les-­‐misericordieux/
3
À
l’écoute
de
la
Parole
Jésus
a
commencé
sa
vie
publique
par
des
oeuvres
éclatantes,
dont
Matthieu
nous
offre
un
résumé
rapide,
que
nous
avons
proclamé
la
semaine
dernière
:
«
Il
parcourait
toute
la
Galilée,
enseignant
dans
leurs
synagogues,
proclamant
la
Bonne
Nouvelle
du
Royaume
et
guérissant
toute
maladie
et
toute
langueur
parmi
le
peuple.
»
(Mt
4,23)
Beaucoup
parmi
le
peuple
accourent
lorsqu’ils
aperçoivent
ces
signes
étonnants
et
constituent
un
premier
attroupement
à
la
fois
curieux
et
fasciné
:
le
Messie
commence
à
former
autour
de
lui
le
nouveau
Peuple
de
Dieu.
On
l’a
vu
dimanche
dernier
appeler
quatre
premiers
disciples
pour
en
être
les
pierres
de
fondation
;
ce
dimanche,
Il
prononce
son
«
discours
inaugural
»,
les
Béatitudes,
pour
expliciter
les
fondements
de
cette
nouvelle
Alliance
qu’avait
prophétisée
Jérémie
:
«
Je
mettrai
ma
Loi
au
fond
de
leur
être
et
je
l’écrirai
sur
leur
coeur.
Alors
je
serai
leur
Dieu
et
eux
seront
mon
peuple.
»
(Jr
31,
33)
Une
figure
s’impose
donc
en
arrière-­‐fond,
un
personnage
si
central
dans
l’histoire
d’Israël
que
Matthieu
reprend
ses
traits
pour
décrire
Jésus
dans
ce
chapitre
de
son
Évangile
:
il
s’agit
de
Moïse,
le
grand
législateur,
celui
qui
avait
conclu
l’Alliance
au
Sinaï.
De
nombreux
indices
le
prouvent
:
– Moïse
avait
reçu
les
Tables
après
avoir
accompli
les
nombreux
prodiges
de
la
sortie
d’Égypte
;
Matthieu
souligne
que
Jésus
proclame
sa
«
nouvelle
Loi
»
évangélique
après
l’accomplissement
de
ses
premiers
miracles
(voir
la
fin
du
chapitre
précédent,
Mt
4,
23-­‐25)
– Jésus,
pour
sa
proclamation,
se
détache
du
peuple,
gravit
la
montagne,
et
s’entoure
de
disciples,
auxquels
il
confie
son
enseignement.
4
Exactement
la
même
structure
de
personnages
qu’en
Exode
24
sur
le
Sinaï
(Moïse,
les
Anciens,
le
Peuple)
– Il
parle
avec
une
autorité
exceptionnelle,
dans
la
position
assise
qui
rappelle
la
chaire
de
Moïse
(cf.
Mt
23,
2),
et
avec
la
force
de
sa
Parole

ouvrant
la
bouche,
Il
les
enseignait
ainsi…
»
v.1)
:
toute
la
théologie
de
la
Parole
( דבר ,
dabar)
qui
imprègne
le
Pentateuque
est
ainsi
présente
en
arrière-­‐fond.
Par
exemple
ce
trait
du
législateur
:
«
Moïse
vint
rapporter
au
peuple
toutes
les
paroles
du
Seigneur
»
(Ex
24,
3).
– Le
parallèle
est
si
fort
qu’un
peu
plus
loin
dans
son
discours,
Jésus
devra
préciser
sa
position
vis-­‐à-­‐vis
de
la
Loi

N’allez
pas
croire
que
je
sois
venu
abolir
la
Loi
ou
les
Prophètes
:
je
ne
suis
pas
venu
abolir,
mais
accomplir
»,
v.17)
;
il
reprendra
un
à
un
les
principaux
commandements
à
partir
du
v.
21

Vous
avez
entendu
qu’il
a
été
dit
aux
ancêtres
:
Tu
ne
tueras
point…
»)
Il
y
a
aussi
quelques
différences
de
taille,
que
Matthieu
devra
bientôt
expliquer
dans
son
récit
:
Jésus
n’écrit
pas,
et
il
ne
reçoit
pas
son
enseignement
de
Dieu,
comme
Moïse
qui
ne
faisait
que
transmettre
les
commandements.
Il
ne
transmet
pas
la
parole
de
Dieu,
puisqu’il
est
lui-­‐même
cette
Parole
incarnée.
Il
proclame
ses
Béatitudes
de
sa
propre
autorité,
ce
qui
ne
manque
pas
d’étonner
son
auditoire
:
«
Et
il
advint,
quand
Jésus
eut
achevé
ces
discours,
que
les
foules
étaient
frappées
de
son
enseignement
:
car
il
les
enseignait
en
homme
qui
a
autorité,
et
non
pas
comme
leurs
scribes.
»
(Mt
8,
28-­‐29)
Jésus
dépasse
donc
le
simple
parallèle
avec
Moïse
pour
faire
advenir
une
grande
nouveauté,
qui
deviendra
explicite
au
long
de
l’Évangile.
Cela
n’avait
pas
échappé
à
saint
Grégoire
le
Grand
:
5
«
Par
le
caractère
même
du
lieu
et
de
l’action,
il
se
désignait
comme
celui-­‐là
même
qui
jadis
avait
daigné
s’entretenir
avec
Moïse.
[…]
Celui
qui
avait
parlé
à
Moïse
parla
donc
aussi
aux
Apôtres
;
dans
le
coeur
de
ses
disciples,
la
main
du
Verbe,
comme
celle
du
scribe
rapide,
écrivit
les
commandements
de
la
nouvelle
Alliance
».1
La
première
lecture
du
livre
de
Sophonie
ainsi
que
le
psaume
146
(145)
nous
permettent
d’entrer
brièvement
dans
le
contenu
des
Béatitudes.
Ces
textes
sont
en
effet
comme
un
miroir
en
face
de
l’Évangile
de
Matthieu
:
ils
expriment
de
la
part
du
Peuple
une
attente
profonde,
une
intuition
spirituelle
ancienne,
que
Jésus
vient
consacrer
de
son
autorité,
et
faire
s’épanouir
pleinement
par
le
don
de
sa
grâce.
Ainsi,
le
prophète
Sophonie
recommandait
de
«
chercher
la
justice
et
l’humilité
»
(So
2,
3)
:
l’humilité,
qui
est
l’attitude
de
fond
de
tous
ces
pauvres
( ענוים ,
anawim)
que
Jésus
proclame
bienheureux
;
et
la
justice
(
,צדקה
Tsedaqah,
en
grec
δικαιοσύνη,
dikaiosunè)
qui
revient
deux
fois
sur
les
lèvres
de
Jésus
(vv.6.10),
et
dont
le
sens
est
assez
vaste.
Le
pape
Benoît
XVI
affirmait
sur
ce
thème
:
«
L’Évangile
du
Christ
répond
positivement
à
la
soif
de
justice
de
l’homme,
mais
de
façon
inattendue
et
surprenante.
Il
ne
propose
pas
une
révolution
de
type
social
et
politique,
mais
celle
de
l’amour,
qu’il
a
déjà
réalisée
par
sa
Croix
et
sa
Résurrection.
C’est
sur
elle
que
se
fondent
les
béatitudes,
qui
proposent
ce
nouvel
horizon
de
justice
inauguré
par
Pâques,
grâce
auquel
nous
pouvons
devenir
justes
et
construire
un
monde
meilleur
».2
1
Saint
Grégoire
le
Grand,
Homélie
sur
les
Béatitudes.
Voir
la
suite
du
passage
:
«
Ce
n’était
plus
comme
autrefois
au
milieu
de
nuées
épaisses,
ni
par
des
tonnerres
et
des
éclairs
effrayants
qui
empêchaient
un
peuple
terrorisé
d’approcher
la
montagne
:
c’était
dans
la
tranquillité
d’un
entretien
accessible
à
tous
les
assistants.
Ainsi
la
douceur
de
la
grâce
supprimait
l’âpreté
de
la
loi,
et
l’esprit
d’adoption
enlevait
la
crainte
de
l’esclavage.
»
2
Benoît
XVI,
Angélus
du
14
février
2010
6
Comme
le
Christ
en
Galilée,
le
prophète
Sophonie
s’adressait
aux
«
humbles
de
la
terre
»
(So
2,
3),
le
reste
fidèle
d’Israël
qui
forme
un
«
peuple
petit
et
pauvre
» (3,
12),
qui
n’a
d’autre
refuge
que
le
Seigneur.
L’Ancien
Testament
est
riche
de
toute
une
théologie
de
ces
pauvres,
dont
voici
un
éclairage
intéressant
:
«
Le
pauvre
des
psaumes
apparaît
ainsi
comme
l’ami
et
le
serviteur
de
Yahweh
(cf.
86,
1),
en
qui
il
s’abrite
avec
confiance,
qu’il
craint
et
qu’il
cherche
(cf.
34,
5-­‐
11).
Comme
les
traducteurs
grecs
l’ont
bien
compris,
il
ne
s’agit
pas
ici
de
la
seule
misère
matérielle
:
pour
traduire
‘anaw,
à
côté
de
ptôchos,
«
indigent
»,
ils
utilisent
aussi
praüs,
qui
évoque
l’idée
d’un
homme
«
doux
»,
«
apaisé
»,
même
dans
l’épreuve
».3
Cela
se
reflète
dans
l’Évangile,
puisque
Matthieu
utilise
les
deux
termes
grecs
mentionnés
:
«
pauvres
d’esprit
»
(πτωχοὶ,
ptochoi,
v.3)
et
«
doux
»
(πραεῖς,
praeis,
v.5).
Ils
sont
bien
ceux
qui
ont
accouru
aux
miracles
de
Jésus,
contrairement
aux
puissants
et
aux
sages
qui
l’ignorent,
comme
Hérode
et
les
scribes
lors
de
sa
naissance
(Mt
2).
Le
Christ,
au-­‐delà
du
petit
attroupement
au
bord
du
lac
de
Tibériade,
embrasse
de
son
regard
tous
les
pauvres
de
tous
les
temps,
et
les
déclare
bienheureux,
contrairement
à
l’esprit
du
monde
;
bien
plus,
il
les
invite
à
le
rejoindre
pour
constituer
un
nouveau
Peuple
saint.
Nous
y
reviendrons
dans
la
méditation.
Tout
ce
petit
peuple
amassé
autour
de
Jésus,
bénéficiant
de
ses
guérisons
et
instructions,
aura
pu
reprendre
le
psaume
146
(145)
pour
exprimer
son
émerveillement
devant
l’action
du
Christ.
Ce
qui
était
autrefois
un
pieux
espoir
dans
la
providence
divine

le
Seigneur
fait
justice
aux
opprimés
»,
v.7)
devient
http://w2.vatican.va/content/benedict-­‐xvi/fr/angelus/2010/documents/hf_ben-­‐xvi_ang_20100214.html
3
Xavier
Léon
Dufour,
Pauvres,
dans
le
Vocabulaire
de
Théologie
Biblique,
Cerf.
7
réalité
tangible
et
historique
à
la
venue
de
Jésus
:
sa
présence
instaure
le
Règne
de
justice
et
de
vérité
que
le
petit
reste
d’Israël
attendait.
En
déclarant
bienheureux
les
pauvres
en
esprit,
il
leur
rend
cette
dignité
que
le
monde
ne
veut
pas
leur
reconnaître
;
par
ses
miracles,
qu’il
accomplit
par
compassion
pour
ses
frères,
il
vient
«
donner
le
pain
aux
affamés
et
délier
les
enchaînés
»,
tant
physiquement
que
spirituellement.
Le
psaume
décrit
ainsi
une
à
une
toutes
les
oeuvres
de
miséricorde
que
le
Christ
accomplissait
en
Galilée
;
il
se
conclut
par
ce
verset,
omis
par
la
liturgie
:
«
le
Seigneur
règne
pour
les
siècles,
ton
Dieu,
ô
Sion,
d’âge
en
âge
»
(v.10).
Jésus
est
venu
donner
un
visage
concret
à
ce
Royaume,
et
les
pauvres
d’hier
et
d’aujourd’hui
ne
s’y
trompent
pas.
Le
missel
reprend
cet
atmosphère
dans
la
quatrième
prière
eucharistique
:
«
Conçu
de
l’Esprit
Saint,

de
la
Vierge
Marie,
il
a
vécu
notre
condition
d’homme
en
toute
chose,
excepté
le
péché,
annonçant
aux
pauvres
la
bonne
nouvelle
du
salut
;
aux
captifs,
la
délivrance
;
aux
affligés,
la
joie…
»
8
Méditation
:
l’Église
des
Béatitudes
Regardons
Jésus
:
assis
sur
la
montagne
et
entouré
de
ses
disciples,
il
prononce
lentement,
une
à
une,
les
huit
Béatitudes
rapportées
par
Matthieu.
Animé
d’une
douce
autorité,
«
un
sourire
aux
lèvres
»
mais
avec
gravité,
il
appelle
à
lui
tous
les
pauvres
de
coeur
de
tous
les
temps,
pour
constituer
son
Royaume.
Il
rejoint
en
cela
l’aspiration
la
plus
profonde
du
coeur
humain,
ce
désir
inaltérable
de
bonheur
:
«
Beaucoup
disent
:
« Qui
nous
fera
voir
le
bonheur
? »
Fais
lever
sur
nous
la
lumière
de
ta
face,
Seigneur…
»
(Ps
4,
7).
Sur
le
Sinaï,
Moïse
a
élevé
cette
même
prière
directement
au
Seigneur,
mais
a
été
éconduit
:
«
Tu
ne
peux
pas
voir
ma
face,
car
l’homme
ne
peut
me
voir
et
vivre.
»
(Ex
33,
20).
Voici
que
la
Face
du
Seigneur
s’est
enfin
révélée
à
Israël,
et
c’est
le
visage
de
Jésus
:
la
pleine
révélation
de
la
Miséricorde
du
Père.
En
écoutant
Jésus,
on
entend
ainsi
le
coeur
du
Père
penché
sur
les
souffrances
de
l’humanité,
qui
vient
renverser
l’ordre
établi
par
les
puissants,
et
dénoncer
les
faux
bonheurs
de
ce
monde.
Car
c’est
bien
à
un
retournement
des
valeurs
du
monde
et
à
une
conversion
totale
de
notre
manière
de
voir
que
nous
invite
Dieu.
À
travers
Jésus,
il
veut
modeler
notre
âme,
la
rétablir
dans
sa
dignité
première,
et
l’élever
à
la
plus
haute
sainteté.
Les
Béatitudes
expriment
donc
ce
«
programme
divin
»,
comme
un
sculpteur
nous
expliquerait
les
caractéristiques
de
son
style,
son
projet
pour
chacune
des
statues
qu’il
doit
encore
réaliser.
C’est
ainsi
que
les
a
lues
sainte
Élisabeth
de
la
Trinité
:
«
Comment
satisfaire
les
besoins
du
regard
de
Dieu,
sinon
en
se
tenant
simplement
et
amoureusement
tourné
vers
lui
afin
qu’il
puisse
refléter
sa
propre
image,
comme
le
soleil
se
reflète
au
travers
d’un
pur
cristal
?
‘’Faisons
9
l’homme
à
notre
image
et
à
notre
ressemblance’’
(Gn
1,
26)
:
tel
fut
le
grand
vouloir
du
Coeur
de
notre
Dieu.
Sans
la
ressemblance
qui
vient
de
la
grâce,
la
damnation
éternelle
nous
attend.
Dès
que
Dieu
nous
voit
habiles
à
recevoir
sa
grâce,
sa
bonté
libre
est
prête
à
nous
donner
le
don
qui
nous
donne
sa
ressemblance.
Notre
aptitude
à
recevoir
sa
grâce
dépend
de
l’intégrité
intérieure
avec
laquelle
nous
nous
mouvons
vers
lui.
Et
Dieu,
nous
apportant
ses
dons,
peut
alors
se
donner
lui-­‐même,
nous
imprimer
sa
ressemblance,
nous
absoudre
et
nous
délivrer
».4
Revenons
au
Christ
qui
prêche
sur
la
montagne
:
son
regard
pénètre
nos
coeurs,
au-­‐delà
des
apparences,
et
vient
rétablir
la
vérité
dans
l’intérieur
de
l’homme.
Qui
regardait-­‐Il
en
prononçant
ses
Béatitudes
?
Il
était
certes
entouré
de
bien
des
miséreux
venus
quémander
un
miracle,
et
il
voulait
enseigner
la
compassion
à
ses
disciples
:
«
Heureux
ceux
qui
pleurent…
».
Mais
surtout,
Jésus
regarde
son
Père,
lui
que
saint
Jean
décrit
comme
«
le
Fils
unique
qui
était
tourné
vers
le
sein
du
Père
»
(Jn
1).
Dans
ce
passage,
pour
la
première
fois
dans
l’histoire
de
la
Révélation,
il
découvre
l’être
profond
de
Dieu
que
Moïse
ne
pouvait
pas
voir
sans
mourir,
le
coeur
brûlant
d’amour
du
Père
qui
est
aussi
le
sien.
En
effet,
le
coeur
de
Dieu
est
pauvre
car
il
est
amour
tout
tourné
vers
le
don,
il
est
par
excellence
doux,
compassionné,
assoiffé
de
justice,
miséricordieux,
pur,
pacifique
et
persécuté
pour
la
justice
en
la
personne
de
Jésus.
C’est
pourquoi
ceux
dont
les
coeurs
ressemblent
à
celui
de
Dieu
sont
dits
bienheureux
car
ils
sont
en
communion
avec
lui
et
partagent,
dès
ici
et
pour
toujours,
son
héritage.
Les
Béatitudes
ne
sont
pas
une
simple
morale
portée
à
4
Élisabeth
de
la
Trinité,
Carmélite,
J’ai
trouvé
Dieu,
Tome
1/A
des
OEuvres
Complètes,
Cerf
1985,
p.
112.
10
son
paroxysme

même
si
elles
englobent
cet
aspect

elles
sont
un
appel
à
entrer
dans
la
manière
d’être
de
Dieu
pour
y
trouver
notre
bonheur.
Mais
on
peut
aussi
penser
que
Jésus
décrivait,
tout
simplement,
sa
Mère
:
une
âme
exceptionnelle
qu’il
avait
lui-­‐même
formée
et
admirée
pendant
de
longues
années
à
Nazareth,
et
qu’il
propose
comme
modèle
à
ses
disciples.
Marie
est
en
effet
la
véritable
pauvre
de
coeur,
qui
a
conscience
d’avoir
tout
reçu
de
son
Seigneur,
s’en
déclarant
l’esclave
à
l’Annonciation.
Elle
s’en
remet
pleinement
à
lui
lors
des
noces
de
Cana
:
«
Tout
ce
qu’il
vous
dira,
faites-­‐le…
»
(Jn
2,
5).
Son
Magnificat
exprime
le
même
renversement
des
valeurs
de
ce
monde

Il
élève
les
humbles
(…)
Il
comble
de
biens
les
affamés
(…)
»).
En
communiant
à
la
Passion
de
Jésus,
plus
que
nulle
autre,
elle
est
celle
qui
pleure,
heureuse
en
même
temps
de
le
voir
accomplir
la
volonté
du
Père,
et
consolée
au-­‐delà
de
tout
à
la
Résurrection.
Sa
douceur
est
palpable
dans
la
vie
de
l’Église,
fléchissant
notre
histoire
par
sa
présence
maternelle.
Elle
n’a
d’autre
faim
spirituelle
que
de
faire
aimer
son
Fils,
et
d’autre
soif
que
le
salut
des
âmes,
par
le
moyen
de
cet
amour
lui-­‐même
:
elle
est
rassasiée
au
Ciel
de
voir
tant
d’enfants
la
rejoindre.
Mère
de
miséricorde,
Dieu
l’envoie
dans
les
situations
les
plus
désespérées
:
même
le
plus
grand
pécheur,
en
rébellion
contre
Dieu,
le
Christ
et
son
Église,
a
été
autrefois
un
petit
enfant
blotti
contre
sa
mère…
et
que
dire
de
sa
pureté
de
coeur,
de
son
oeuvre
pour
la
paix,
des
incompréhensions
qu’elle
a
vécues
par
amour
pour
son
Fils
?
C’est
pourquoi
les
Béatitudes
constituent
comme
un
«
programme
de
sainteté
»
que
nous
voyons
déjà
réalisé
en
Marie,
et
de
façon
moins
parfaite
dans
tous
les
saints
de
l’histoire,
comme
l’affirme
le
Catéchisme
:
«
Les
béatitudes
dépeignent
le
visage
de
Jésus-­‐Christ
et
en
décrivent
la
charité
;
elles
expriment
la
vocation
des
fidèles
associés
à
la
gloire
de
sa
Passion
et
de
sa
11
Résurrection
;
elles
éclairent
les
actions
et
les
attitudes
caractéristiques
de
la
vie
chrétienne
;
elles
sont
les
promesses
paradoxales
qui
soutiennent
l’espérance
dans
les
tribulations
;
elles
annoncent
les
bénédictions
et
les
récompenses
déjà
obscurément
acquises
aux
disciples
;
elles
sont
inaugurées
dans
la
vie
de
la
Vierge
Marie
et
de
tous
les
saints
».5
Jésus
décrit
donc,
par
les
Béatitudes,
la
sainteté
qui
l’habite,
et
celle
de
ses
disciples.
Notons
un
détail
sur
la
présence
de
ceux-­‐ci
:
la
voix
du
Seigneur,
ce
jour-­‐là,
ne
pouvait
pas
porter
très
loin
;
ce
sont
ses
disciples,
«
qui
s’approchèrent
de
lui
»
(v.1),
qui
transmirent
son
enseignement.
Pas
seulement
à
la
foule
présente
en
Galilée,
mais
à
toutes
les
générations
successives
de
chrétiens,
d’âge
en
âge.
La
voix
du
Christ
résonne
à
travers
les
siècles,
proclamant
les
Béatitudes,
grâce
à
la
voix
de
l’Église…
et
les
exemples
des
saints
continuent
à
nous
offrir
une
illustration
vivante
de
son
programme.
C’est
la
raison
pour
laquelle
certains
Pères
ont
vu
dans
la
montagne,
choisie
par
le
Seigneur
comme
promontoire
pour
sa
proclamation,
non
seulement
une
évocation
du
Sinaï,
mais
aussi
une
préfiguration
de
l’Église.
Ainsi
le
saint
évêque
Chromace
d’Aquilée
(mort
en
409)
:
«
Cette
montagne
sur
laquelle
le
Seigneur
a
donné
les
bénédictions
à
ses
disciples
préfigurait
l’Église,
comparable
à
une
montagne
pour
cette
raison
que
sa
vie
est
dans
les
hauteurs
;
comme
une
haute
montagne,
elle
rabaissera
la
terre,
à
savoir
la
conduite
terrestre,
écrasée
non
sous
la
charge
de
la
pierre,
mais
sous
le
poids
de
la
sainteté
».6
5
Catéchisme
de
l’Église
catholique,

1717,
disponible
ici
:
http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P5C.HTM
6
Saint
Chromace
d’Aquilée,
Sermon
1
sur
saint
Matthieu,
SC
154,
Cerf,
1969.
Voir
la
suite
du
sermon
:
«
Veux-­‐
tu
la
preuve
que
la
montagne
est
vraiment
la
figure
de
l’Église
?
Écoute
la
divine
Écriture
:
Qui
montera
sur
la
montagne
du
Seigneur,
ou
qui
se
tiendra
dans
son
saint
lieu
?
(Ps
24,
3).
Ce
n’est
sûrement
pas
d’une
quelconque
montagne
terrestre
qu’elle
pouvait
dire
:
Qui
montera
sur
la
montagne
du
Seigneur
?
alors
que
12
Insistons
sur
cette
réalisation
des
Béatitudes
en
des
hommes
concrets,
dans
notre
histoire
:
voilà
bien
la
réponse
la
plus
convaincante
contre
l’accusation
si
courante
d’un
Jésus
«
idéaliste
»,
tenant
un
discours
très
beau
mais
complètement
irréalisable…
Écouter
aujourd’hui
les
Béatitudes,
ce
n’est
pas
fuir
les
dures
exigences
de
la
réalité,
ou
chercher
une
consolation
bon
marché,
c’est
au
contraire
sortir
des
mentalités
mondaines

la
plaine

pour
monter
à
la
suite
du
Christ
et
écouter
ses
orientations
fondamentales
;
c’est
entrer
dans
une
perspective
plus
large
que
la
seule
perspective
humaine
;
c’est
mettre
ses
propres
pas
dans
le
chemin
plus
large
de
l’Église,
et
savoir

l’on
va…
Quitte
à
se
diriger,
comme
le
Christ,
à
contre-­‐courant
de
notre
monde.
Lorsque
l’Église
reconnaît
la
sainteté
de
l’un
de
ses
fils,
par
une
canonisation,
elle
imite
son
Maître
et
proclame
elle
aussi
des
Béatitudes
paradoxales…
Un
exemple
récent
nous
a
été
offert
par
la
vie
de
mère
Teresa
de
Calcutta,
qui
les
a
réalisées
au
pied
de
la
lettre.
Il
y
a
plus
d’un
siècle,
Paul
Verlaine
exprimait
son
admiration
pour
une
figure
semblable,
celle
de
saint
Benoît-­‐Joseph
Labre
(+1783),
le
«
saint
vagabond
»,
patron
des
SDF
et
toujours
en
pèlerinage
d’un
sanctuaire
à
l’autre…
Le
poète
écrivait
à
l’occasion
de
sa
canonisation
:
Comme
l’Église
est
bonne
en
ce
siècle
de
haine,
D’orgueil
et
d’avarice
et
de
tous
les
péchés,
pareilles
montagnes
terrestres,
non
seulement
les
hommes,
mais
même
les
bêtes
sauvages
peuvent
les
gravir.
Elle
parle
proprement
de
la
montagne
du
Seigneur,
de
la
montagne
du
ciel,
à
savoir,
la
sainte
Église
;
à
ses
sommets
de
foi
et
de
vie
céleste
n’atteignent
que
les
bienheureux
;
et
on
gravit
une
telle
montagne,
non
par
les
efforts
du
corps,
mais
par
la
foi
de
l’âme
intérieure.
Demeurons
donc
toujours
sur
cette
montagne
par
l’élévation
de
notre
foi,
par
une
conduite
selon
l’esprit,
pour
mériter
de
recevoir
du
Seigneur
les
bénédictions
de
l’évangile,
dans
lesquelles
il
est
dit
:
Bienheureux,
vous
les
pauvres
en
esprit,
car
le
royaume
des
cieux
est
à
vous
(Mt
5,
3
ss).
Sont
pauvres
en
esprit
ceux
que
ne
gonfle
aucun
orgueil
d’inspiration
diabolique,
aucune
enflure
de
méchanceté,
mais
qui
gardent
avec
la
foi
l’humilité
de
l’esprit
;
certainement
aussi
sont
pauvres
en
esprit,
ceux
qui
se
gardent
des
richesses
du
monde.
»
13
D’exalter
aujourd’hui
le
caché
des
cachés,
Le
doux
entre
les
doux
à
l’ignorance
humaine…7
Mais
les
Béatitudes
ne
sont
pas
réservées
à
une
petite
élite
de
saints
canonisés
:
le
Christ
entraîne
chacun
d’entre
nous
à
sa
suite,
et
nous
donne
de
vivre
quotidiennement
l’une
ou
l’autre.
S’il
proclame
solennellement
les
Béatitudes,
c’est
précisément
pour
faire
apparaître
une
réalité
cachée,
que
le
monde
ne
peut
connaître
:
«
Voyez
quelle
manifestation
d’amour
le
Père
nous
a
donnée
pour
que
nous
soyons
appelés
enfants
de
Dieu.
Et
nous
le
sommes
!
Si
le
monde
ne
nous
connaît
pas,
c’est
qu’il
ne
l’a
pas
connu.
»
(1Jn
3,
1)
Autour
de
nous,
si
nous
sommes
attentifs,
nous
pouvons
recevoir
d’innombrables
témoignages
de
cet
esprit
des
Béatitudes.
Le
cardinal
Newman
l’exprimait
bien
:
«
Il
existe
un
monde
intérieur,
dans
lequel
pénètrent
ceux
qui
s’approchent
du
Christ,
bien
que,
pour
le
commun
des
mortels,
ils
semblent
être
les
mêmes
qu’auparavant.
Dans
la
société
du
monde,
ils
occupent
les
mêmes
places
;
leurs
fonctions,
leurs
manières,
leurs
allées
et
venues
sont
les
mêmes.
[…]
Mais,
s’ils
ont
bu
au
calice
du
Christ
et
goûté
le
pain
de
sa
table
avec
sincérité,
il
n’en
est
7
C’est
à
l’occasion
de
la
canonisation
de
Benoît-­‐Joseph
Labre,
le
8
décembre
1881
par
Pie
IX,
que
Verlaine
lui
a
dédié
ce
poème
dans
son
recueil
«
Souvenirs
»
:
Comme
l’Église
est
bonne
en
ce
siècle
de
haine,
D’orgueil
et
d’avarice
et
de
tous
les
péchés,
D’exalter
aujourd’hui
le
caché
des
cachés,
Le
doux
entre
les
doux
à
l’ignorance
humaine
Et
le
mortifié
sans
pair
que
la
foi
mène,
Saignant
de
pénitence
et
blanc
d’extase,
chez
Les
peuples
et
les
saints,
qui,
tous
sens
détachés,
Fit
de
la
pauvreté
son
épouse
et
sa
reine,
Comme
un
autre
Alexis,
comme
un
autre
François,
Et
fut
le
pauvre
affreux,
angélique,
à
la
fois
Pratiquant
la
douceur,
l’horreur
de
l’Évangile
!
Et
pour
ainsi
montrer
au
monde
qu’il
a
tort
Et
que
les
pieds
crus
d’or
et
d’argent
sont
d’argile,
Comme
l’Église
est
tendre
et
que
Jésus
est
fort
!
14
plus
pour
eux
comme
dans
le
temps
passé.
Un
changement
s’est
effectué
en
eux,
dont
ils
ne
se
rendent
pas
compte,
sauf
pour
ses
résultats
».8
On
croit
parfois
que
le
Christ,
par
ses
Béatitudes,
invite
à
se
résigner
aux
misères
présentes
pour
espérer
une
récompense
finale,
un
ciel
qui
passera
l’éponge
sur
les
injustices
de
ce
monde.
Rien
n’est
plus
faux
:
certes,
le
Royaume
s’accomplira
pleinement
lorsque
notre
histoire
se
sera
achevée,
et
que
nous
pourrons
«
voir
Dieu
»
;
mais
cela
nous
conduit
aujourd’hui
à
un
engagement
plus
profond
au
service
de
nos
frères,
dans
les
méandres
de
notre
histoire,
exactement
comme
le
Christ
et
son
Église
prennent
toujours
soin
des
hommes
qui
les
entourent.
Le
pape
Benoît
XVI,
qui
a
écrit
une
encyclique
(Spe
Salvi)
sur
ce
thème,
présentait
ainsi
la
relation
entre
justice
présente
et
consolation
à
venir,
en
mentionnant
une
oeuvre
de
charité
très
concrète
:
«
Cette
justice
et
cette
béatitude
se
réalisent
dans
le
‘’Royaume
des
cieux’’,
ou
‘’Royaume
de
Dieu’’,
qui
s’accomplira
à
la
fin
des
temps
mais
qui
est
déjà
présent
dans
l’histoire.


les
pauvres
sont
consolés
et
admis
au
banquet
de
la
vie,

se
manifeste
déjà
maintenant
la
justice
de
Dieu.
Telle
est
la
tâche
que
les
disciples
du
Seigneur
sont
appelés
à
accomplir
dans
la
société
actuelle
également.
Je
pense
au
foyer
de
la
Caritas
de
Rome,
à
la
gare
de
Termini
que
j’ai
visitée
ce
matin
:
j’encourage
de
tout
coeur
ceux
qui
travaillent
dans
cette
institution
pleine
de
mérite
et
ceux
qui,
dans
le
monde
entier,
s’engagent
gratuitement
dans
des
oeuvres
de
justice
et
d’amour
similaires
».9
Les
Béatitudes
ne
sont
donc
pas
une
promesse
gratuite
à
la
manière
de
celles
que
font
les
politiciens
:
elles
sont
une
réalité
vécue
dès
aujourd’hui
dans
8
John
Henry
Card.
Newman,
Pensées
sur
l’Église,
Cerf
1956,
p.
299.
9
Benoît
XVI,
Angélus
du
14
février
2010
:
http://w2.vatican.va/content/benedict-­‐xvi/fr/angelus/2010/documents/hf_ben-­‐xvi_ang_20100214.html
15
l’Église
autour
de
nous
et
entre
nous,
et
elles
nous
invitent
à
changer
notre
vie
chaque
jour,
en
ayant
le
regard
de
l’âme
tendu
vers
l’accomplissement
de
notre
espérance.
Leur
vrai
rôle
dans
notre
vie
est
bien
décrit
par
le
Catéchisme
:
«
La
béatitude
promise
nous
place
devant
les
choix
moraux
décisifs.
Elle
nous
invite
à
purifier
notre
coeur
de
ses
instincts
mauvais
et
à
rechercher
l’amour
de
Dieu
par-­‐dessus
tout.
Elle
nous
enseigne
que
le
vrai
bonheur
ne
réside
ni
dans
la
richesse
ou
le
bien-­‐être,
ni
dans
la
gloire
humaine
ou
le
pouvoir,
ni
dans
aucune
oeuvre
humaine,
si
utile
soit-­‐elle,
comme
les
sciences,
les
techniques
et
les
arts,
ni
dans
aucune
créature,
mais
en
Dieu
seul,
source
de
tout
bien
et
de
tout
amour
».10
Très
concrètement,
nous
pourrons
essayer
cette
semaine
d’avoir
un
coeur
semblable
à
celui
du
Christ
en
choisissant
de
mettre
en
oeuvre
un
trait
particulier
des
Béatitudes
:
avoir
un
coeur
de
pauvre
qui
attend
tout
de
Dieu
et
de
l’autre,
un
coeur
doux
qui
traite
l’autre
avec
délicatesse
même
lorsqu’il
est
lui-­‐même
blessé,
qui
se
laisse
toucher
et
déranger
par
la
souffrance
d’autrui,
qui
cherche
la
justice,
qui
pardonne,
qui
essaie
de
voir
le
bien
et
ce
qui
élève,
qui
ne
répond
pas
à
l’agression
ou
à
l’insulte
et
n’entretient
pas
les
querelles.
Nous
sommes
donc
invités
à
faire
le
choix,
jour
après
jour,
de
suivre
le
Christ
sur
cette
montagne
qu’est
l’Église
;
nous
fuyons
l’esprit
du
monde
qui
voudrait
nous
maintenir
dans
le
confort
et
la
médiocrité.
Des
souffrances
apparaissent
alors
dans
notre
vie
?
Ne
nous
voilons
pas
la
face
:
un
bon
nombre
seraient
présentes,
même
si
nous
n’avions
pas
emprunté
ce
chemin
;
et
sans
le
Christ,
elles
deviendraient
insupportables.
Au
contraire,
lorsque
notre
coeur
rejoint
10
Catéchisme
de
l’Eglise
catholique,

1723,
disponible
ici
:
http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P5E.HTM
16
son
Coeur,
et
qu’il
entend
de
lui
ces
Béatitudes
extraordinaires,
tout
prend
un
sens
nouveau,
et
nulle
larme
n’est
plus
perdue…
Le
cardinal
Newman
nous
exhortait
ainsi
:
«
Accepte
donc
ton
sort,
âme
chrétienne,
soupèse-­‐le
bien
et
apprends
à
l’aimer.
Si
tu
appartiens
au
Christ,
tu
découvriras
qu’après
tout,
malgré
ce
que
s’imagine
le
monde,
même
à
notre
époque,
la
souffrance,
dans
un
sens
particulier,
est
le
sort
de
ceux
qui
s’offrent
comme
serviteurs
du
Roi
des
douleurs
».11
Reprenons
la
prière
de
saint
Benoît-­‐Joseph
Labre,
cette
«
icône
vivante
»
de
l’esprit
des
Béatitudes,
qui
supplie
le
Seigneur
pour
les
vivre
en
plénitude
:
«
Mon
Dieu,
accordez-­‐moi,
pour
vous
aimer,
trois
coeurs
en
un
seul.
Le
premier,
pour
vous,
pur
et
ardent
comme
une
flamme,
me
tenant
continuellement
en
votre
Présence
et
me
faisant
désirer
parler
de
vous,
agir
pour
vous,
et,
surtout,
accueillir
avec
patience
les
épreuves
qu’il
me
sera
donné
de
devoir
surmonter
au
cours
de
ma
vie.
Le
second,
tendre
et
fraternel
envers
le
prochain,
me
portant
à
étancher
sa
soif
spirituelle
en
lui
confiant
votre
Parole,
en
étant
votre
témoin
comme
en
priant
pour
lui.
Que
ce
coeur
soit
bon
pour
ceux
qui
s’éloignent
de
vous,
et
plus
particulièrement
encore
s’ils
me
rejettent
;
qu’il
s’élève
vers
vous,
vous
implorant
de
les
éclairer
afin
qu’ils
parviennent
à
se
libérer
des
filets
du
chasseur.
Qu’il
soit,
enfin,
plein
de
compassion
pour
celles
et
ceux
qui
ont
quitté
ce
monde
dans
l’espérance
de
vous
voir
face
à
face.
Le
troisième,
de
bronze,
rigoureux
pour
moi-­‐même,
me
rendant
vainqueur
des
pièges
de
la
chair,
me
gardera
de
tout
amour-­‐propre,
me
délivrera
de
11
John
Henry
Card.
Newman,
Pensées
sur
l’Église,
Cerf
1956,
p.
299.
17
l’entêtement,
me
poussera
à
l’abstinence
et
m’incitera
à
me
défier
du
péché.
Car
je
sais
que
plus
je
maîtriserai
les
séductions
de
la
nature,
plus
grand
sera
le
bonheur
dont
vous
me
comblerez
dans
l’éternité.
Amen.
»12
12
«
Prière
des
Trois
Coeurs
»,
disponible
ici
:
http://site-­‐catholique.fr/index.php?post/Priere-­‐des-­‐Trois-­‐Coeurs-­‐
de-­‐Benoit-­‐Joseph-­‐Labre

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